L’agence BASE construit sa démarche comme un écosystème de pensées où l’urbanisme, le paysage et le design ne sont jamais séparés mais constamment intriqués. Leur manière de travailler ne repose pas sur une hiérarchie de disciplines mais sur une circulation permanente entre les échelles, les usages et les milieux. Chaque projet devient un terrain fertile où s’articulent des questions de formes urbaines, de dynamiques vivantes, de pratiques sociales et d’objets concrets capables d’ancrer ces intentions dans la réalité.
Tout commence par une attention aux terres fertiles, non seulement au sens agronomique mais au sens symbolique et programmatique. C’est « l’urbanisme des sols ». Une terre fertile est un sol capable d’accueillir le vivant, mais aussi un territoire prêt à recevoir de nouveaux usages, de nouvelles narrations. La fertilité désigne ici la capacité d’un site à produire de la biodiversité, des rencontres, des micro-économies locales, des imaginaires. Elle engage immédiatement la question des milieux : comprendre un site comme un ensemble de relations entre sols, eaux, végétaux, vents, humains et non-humains. Le milieu n’est pas un décor, c’est une condition active qui influence les formes urbaines et les ambiances.
Cette approche conduit naturellement à affirmer la préséance du vivant. Avant toute décision formelle, BASE interroge la capacité d’un projet à renforcer les continuités écologiques, à favoriser la biodiversité, à renaturer des espaces artificialisés, à retrouver des perméabilités. La renaturation n’est pas un geste cosmétique mais une réouverture aux cycles du vivant. Les projets intègrent ainsi les cycles hydrologiques, les zones d’expansion des crues, les sols perméables, les dispositifs capables d’absorber et de ralentir les flux. Elle suppose une reconquête des berges, une gestion fine des crues, une compréhension des risques de l’eau et parfois même l’anticipation de la submersion marine. L’eau est pensée comme un système dynamique, à la fois contrainte et ressource, danger et opportunité de reconfigurer la ville. À cette lecture écologique s’ajoute une attention au climat et aux microclimats. La « ville aéraulique » explore les mouvements d’air, les couloirs de ventilation, les effets d’îlot de chaleur. La valeur de l’ombre devient un véritable outil de conception : planter, construire, orienter pour rafraîchir les espaces publics. Les ambiances sont travaillées avec précision, en intégrant la lumière, l’humidité, le vent, les sons. L’acclimatation devient alors une stratégie : adapter les formes urbaines aux mutations climatiques, concevoir des espaces capables d’évoluer face aux transformations à venir.
Mais l’écosystème de pensée de BASE ne se limite pas à l’écologie. Il s’ancre tout autant dans une réflexion sur les usages et les pratiques sociales. La maîtrise d’usages constitue un principe structurant : comprendre comment les habitants s’approprient les lieux, comment ils les détournent, comment ils les habitent réellement. La co-programmation et le chantier participatif ne sont pas des dispositifs accessoires mais des méthodes pour intégrer les habitants dans la fabrique du projet. Les préfigurations permettent de tester des usages avant leur pérennisation, d’ouvrir des possibles, de faire émerger des libres imaginaires, et assurer un sentiment collectif d’appartenance.
La ville ludique occupe une place centrale dans cette approche. Les aires de jeux ne sont pas cantonnées à l’enfance ; elles irriguent l’ensemble de l’espace public. Le jeu devient une manière d’expérimenter la ville, de créer des dispositifs d’émancipation, d’apprentissage du risque, d’autonomie et de confiance en soi, tout en renforçant l’inclusivité et le partage. L’inclusivité, pensée à différentes échelles, interroge le genre dans l’espace public, la sécurité, la capacité des lieux à accueillir des publics variés. Le « design social » se manifeste dans des microarchitectures, des kiosques, des passerelles, des fontaines qui ne sont jamais de simples objets mais des supports de relations situées. Ces éléments produisent des seuils, des points de rencontre, des repères.
Les mobilieux, contraction de mobilier et lieux, traduisent cette volonté de créer des mobiliers désirables comme des dispositifs spatiaux capables de fixer des pratiques, ouverts à tous types d’appropriations libres. Ces objets ne sont pas seulement fonctionnels ; ils rentrent en relation direct avec le paysage, créent des expériences sensibles, connectent des habitants sur des points de centralités, et fabriquent du commun. La coveillance, notion qui dépasse la simple surveillance, suggère une attention partagée, le foisonnement des publics, et un attachement naturel aux lieux, favorisant une responsabilité collective vis-à-vis des espaces communs. L’esthétique du réemploi s’inscrit dans cette logique de responsabilité. Réutiliser des matériaux, détourner des structures existantes, travailler avec l’existant plutôt que contre lui. Cette esthétique n’est pas une contrainte économique mais un choix culturel, qui valorise la mémoire des lieux et réduit l’empreinte environnementale. Elle participe à la création d’ambiances singulières, ancrées dans une histoire.
Habitats et espaces publics sont pensés conjointement. Les formes bâties dialoguent avec les paysages, les rez-de-chaussée s’ouvrent sur des espaces partagés, les seuils deviennent des lieux d’interaction. La sécurité n’est pas réduite à un dispositif technique ; elle naît de la présence, de la mixité des usages, de la qualité des espaces. Les appropriations sont encouragées par des dispositifs souples, capables d’évoluer dans le temps.
Ainsi, l’organisation de la démarche de BASE repose sur une constellation de concepts qui se répondent. L’urbanisme structure les grandes orientations, le paysage ancre le projet dans les dynamiques du vivant, le design traduit ces intentions dans des formes concrètes et sensibles. Chaque projet devient une synthèse située de ces dimensions. Il ne s’agit pas d’appliquer un modèle mais de composer avec un contexte, d’activer des potentiels, de créer des milieux habitables.
Ce qui relie l’ensemble, c’est une vision systémique : considérer la ville comme un organisme complexe où biodiversité, mobilités, climat, usages, imaginaires et objets concrets interagissent. L’agence BASE ne juxtapose pas des thématiques ; elle construit des continuités entre elles. Les terres fertiles nourrissent la biodiversité, qui influence les microclimats, qui conditionnent les ambiances, qui favorisent les appropriations, qui renforcent les dispositifs d’appartenance. L’écosystème de pensée devient alors une méthode opératoire, capable de produire des espaces urbains résilients, inclusifs et sensibles, où le vivant et les habitants trouvent leur place dans une relation renouvelée.

