Véritable enjeu de durabilité, les sols s’érodent plus vite qu’ils ne se reconstituent.
Le paysage productif participe alors à augmenter la valeur écologique tout en générant une valeur économique et énergétique dans des espaces stratégiques, ou peu valorisables. Il doit permettre l’émergence de démarches innovantes et expérimentales, il doit contribuer à accroitre l’écosystème industriel et urbain, en s’inspirant de l’ADN industriel des sites : il valorise les synergies et ressources locales disponibles et peut se reconfigurer dans le temps.
L’approche climatique développée par l’agence BASE paysagiste repose sur un renversement méthodologique clair : la ville n’est plus d’abord pensée comme une composition bâtie à laquelle on ajoute du paysage, mais comme une organisation du territoire guidée par les logiques du vivant, du sol, de l’eau et de l’air. Le paysage devient la matrice première du projet urbain, c’est-à-dire le support à partir duquel se définissent les implantations, les orientations, les densités et les formes construites. Cette position engage une lecture fine des forces naturelles en présence et conduit à concevoir des quartiers capables de fonctionner avec ces forces plutôt que contre elles.
Dans ce cadre, l’agence développe le concept de ville aéraulique, qui consiste à considérer les vents et les circulations d’air comme des éléments structurants de la composition urbaine. L’enjeu est de réintroduire dans la fabrique de la ville une attention systématique aux flux aériens, en identifiant les directions dominantes des vents, les couloirs naturels de ventilation et les effets de site liés à la topographie ou à la présence de masses végétales. À partir de cette lecture, le projet vise à maintenir et à amplifier ces dynamiques, en évitant les obstacles continus, les effets de confinement et les configurations urbaines qui bloquent ou ralentissent la circulation de l’air. La forme urbaine devient alors un dispositif poreux, capable de capter, d’orienter et de diffuser les vents rafraîchissants au cœur des quartiers.
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Cette logique implique de repenser l’implantation du bâti. Les volumes construits ne sont plus disposés uniquement selon des logiques foncières ou d’alignement, mais en fonction de leur capacité à laisser passer l’air, à créer des effets de tirage ou à ménager des respirations. Les distances entre bâtiments, les orientations des façades, les percées visuelles et les vides deviennent des éléments déterminants pour organiser une ventilation naturelle efficace. Cette porosité n’est pas synonyme de dispersion, mais d’une composition maîtrisée qui articule des séquences ouvertes et des séquences plus denses, afin de canaliser les flux d’air et de créer des gradients de fraîcheur. Dans un contexte de réchauffement climatique et d’intensification des épisodes de canicule, cette capacité à faire circuler l’air constitue un levier majeur d’amélioration de l’habitabilité.
Parallèlement, l’agence accorde une importance équivalente à la gestion de l’eau, en considérant les écoulements naturels et gravitaires comme une autre force structurante du projet. Il s’agit de retrouver des logiques d’écoulement à ciel ouvert, de ralentissement, d’infiltration et de stockage temporaire, en s’appuyant sur la topographie et sur la nature des sols. Les espaces publics sont conçus comme des supports actifs de cette gestion, capables d’accueillir, de guider et de transformer les eaux de pluie. Noues, jardins filtrants, bassins de rétention ou zones humides deviennent des éléments constitutifs du paysage urbain, à la fois fonctionnels et appropriables. En laissant l’eau circuler et s’exprimer, le projet renforce la résilience face aux événements extrêmes, tout en contribuant à la création d’ambiances plus fraîches et plus vivantes.
La ville aéraulique ne se limite pas à l’échelle du quartier, elle s’organise à travers des trames qui structurent le territoire. L’agence développe ainsi des trames aérauliques, en articulation avec les trames vertes et bleues, pour constituer une armature paysagère continue. Ces trames correspondent à des couloirs de ventilation, des continuités végétales et des réseaux hydrauliques qui traversent les tissus urbains et relient entre eux différents espaces de fraîcheur. Elles permettent de diffuser les effets bénéfiques du paysage au-delà des grands parcs, en irrigant les quartiers et en offrant des parcours continus, ombragés et ventilés. Cette armature devient un support de mobilité douce, en proposant des itinéraires agréables à parcourir, protégés des fortes chaleurs et connectés aux principaux équipements et centralités.
Dans cette logique, la notion de parcours de fraîcheur prend une place centrale. Il ne s’agit pas seulement de créer des îlots de fraîcheur ponctuels, mais de les mettre en réseau pour former un maillage accessible et lisible. Squares de proximité, parcs arborés, jardins de pluie, alignements d’arbres ou espaces en eau sont articulés pour constituer une chaîne continue de lieux tempérés. Ces parcours permettent aux habitants de se déplacer en bénéficiant de conditions climatiques plus favorables, tout en découvrant une diversité d’ambiances et de situations. Ils participent également à la reconfiguration des mobilités, en rendant les déplacements à pied ou à vélo plus attractifs, notamment en période estivale.
Au cœur de cette approche, la question de l’ombre devient un élément fondamental de la conception urbaine. L’agence considère l’ombre comme une ressource à part entière, au même titre que l’eau ou l’air, et travaille à en maximiser la présence et la qualité. Cela passe par le développement de continuités de canopée, grâce à des plantations stratifiées capables de produire des ombres denses et évolutives. Les arbres ne sont pas seulement des éléments de décor, mais des infrastructures climatiques qui filtrent le rayonnement solaire, rafraîchissent l’air et améliorent le confort des espaces publics.
L’ombre est également produite par l’architecture elle-même. Les formes bâties sont conçues pour générer des ombres positives, c’est-à-dire des zones protégées du soleil direct sans être enfermées. Les débords de toitures, les balcons en casquette, les variations de hauteur et les jeux de volumes permettent de créer des zones ombragées au pied des bâtiments, sur les façades et dans les espaces intermédiaires. Ces dispositifs contribuent à réduire les effets d’îlot de chaleur et à améliorer les conditions d’usage des espaces extérieurs.
À ces éléments s’ajoutent des dispositifs spécifiques d’ombrage, qui viennent compléter l’action du végétal et du bâti. Préaux, pergolas végétalisées, toiles tendues, structures légères ou installations temporaires sont déployés pour protéger les espaces publics les plus exposés. Ces dispositifs sont conçus comme des micro-architectures à part entière, capables d’accueillir des usages et de structurer des lieux, tout en apportant un confort thermique immédiat. Ils participent à la création d’espaces refuges, où les habitants peuvent se reposer, se rencontrer et pratiquer des activités malgré les conditions climatiques.
L’ensemble de cette approche vise à produire des villes plus habitables, en agissant simultanément sur plusieurs leviers complémentaires : la circulation de l’air, la gestion de l’eau, la production d’ombre et la structuration d’un réseau d’espaces frais. Elle s’inscrit dans une logique de santé publique, en cherchant à réduire les effets des fortes chaleurs sur les populations les plus vulnérables, tout en améliorant le confort quotidien de l’ensemble des habitants. Elle contribue également à renforcer le lien entre les habitants et leur environnement, en rendant perceptibles et accessibles les phénomènes naturels qui traversent la ville.
En plaçant le paysage au cœur de la composition urbaine, l’agence BASE propose une manière de fabriquer la ville qui ne dissocie pas les enjeux écologiques, climatiques et sociaux. La ville aéraulique devient ainsi un cadre opératoire pour concevoir des territoires résilients, capables d’évoluer face aux changements climatiques, tout en offrant des espaces publics qualitatifs, accessibles et appropriables. Cette approche ne relève pas d’un modèle figé, mais d’une méthode adaptable, qui s’ajuste à chaque contexte en s’appuyant sur une lecture fine des forces en présence et sur une capacité à traduire ces forces en formes urbaines concrètes.
Se rapprocher des conditions du sol naturel
Crédit photo : OMA
Complexe de sols | Concours Montparnasse 2019
LE SOL — LES PROJETS
Lyon : Champ de la Confluence
Rhône : Vallée de la Chimie

